Inscription du Cantu In Paghjella sur la liste de sauvegarde d'urgence de l'Unesco

> HISTORIQUE DE LA DEMARCHE

En 1997, la résolution 29 C/23 de la Conférence générale de l’UNESCO a institué la Proclamation des
chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité. Elle marque une étape cruciale de la stratégie de l’Organisation pour la sauvegarde du patrimoine vivant.

De 2001, 2003 et 2005, les Proclamations de chefs d’œuvre ont permis d’établir une liste de 90 exemples éminents du Patrimoine culturel immatériel (PCI) de l’humanité. L’expérience acquise de mesures de
sauvegarde de ces programmes a fait apparaître d’une part, que la notion de chef d’œuvre instaurait une
hiérarchie au sein des formes de patrimoine immatériel, d’autre part, que les communautés de détenteurs de ce patrimoine n’étaient pas assez impliquées.
Le bilan de la mise en œuvre des programmes de chefs d’œuvre a permis d’ l’élaborer la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel qui sera approuvée par l’Unesco le 17 octobre 2003
( Unesco - Convention pour la sauvegarde du patrimoine immatériel – 2003)
Cette Convention définit les mesures de sauvegarde visant à assurer la « viabilité du patrimoine culturel immatériel, y compris l'identification, la documentation, la recherche, la préservation, la protection, la promotion,
la mise en valeur, la transmission, essentiellement par l'éducation formelle et non formelle, ainsi que la revitalisation des différents aspects de ce patrimoine ».

Le 25 novembre 2005, sur proposition de Petru Guelfucci et Jean-Paul Poletti, l’Assemblée de Corse, vote, à l’unanimité, l’inscription de la polyphonie corse traditionnelle sur la liste des chefs d’œuvre du patrimoine culturel immatériel de l’humanité et l’élaboration d’un plan de sauvegarde ( Délibération CTC 2005). Mais, la Convention étant entrée en vigueur en avril 2006 de la Convention de l’UNESCO, selon l’article 31, « Aucune autre Proclamation ne peut faite après l’entrée en vigueur de la présente Convention.» La demande de l’Assemblée de Corse ne peut être déposée, compte tenu des délais de dépôt du dossier d’inscription sur la
liste des chefs d’œuvre du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Pourtant, les 21 et 22 juin 2006, afin d'initier une réflexion sur les enjeux d’une demande d’inscription de la polyphonie corse traditionnelle sur la liste de sauvegarde d’urgence prévue par la Convention de l’Unesco, le Centre de Musiques Traditionnelles de Corse organise un colloque sur le thème "Patrimoine culturel immatériel
et transmission: La polyphonie corse traditionnelle peut-elle disparaître?"

Le 5 Juillet 2006, la France ayant ratifié la convention de l’Unesco par la loi N° 2006-791, elle doit dresser un ou plusieurs inventaires du patrimoine culturel immatériel présent sur son territoire.

Etablir une liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité et une liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. La Convention exige que la « sauvegarde soit mise en œuvre
par et pour les communautés, groupes et individus qui créent, recréent et transmettent le patrimoine vivant ».
Lors de la rédaction puis de la ratification de la Convention, la France a accordé une attention particulière à la notion de communautés ( Commentaires France Decision communautés ; Michèle Guelfucci Glinatsis - L'interprétation de la notion de communautés) afin d'éviter que la Convention ne consacre juridiquement l'existence de communautés séparées du peuple français et leur confère des droits collectifs,
ce qui aurait contrevenu aux principes constitutionnels d'indivisibilité de la République, d'égalité devant la loi et d'unicité du peuple français.

En octobre 2007, l’association Cantu in paghjella est créée. A cause de la confusion, de plus en plus fréquente
par le grand public, entre le cantu in paghjella et l’appellation « polyphonies corses » et parce que la communauté des praticiens n’a jamais traduit le terme corse de cantu in paghjella par le terme français « polyphonie corse traditionnelle », l’association choisit de retenir le terme de cantu in paghjella. Elle demande à la France que le cantu in paghjella figure sur l'inventaire qu'elle doit établir. Cette demande est conforme à l’article 11 de la Convention : « Les Etats parties de la Convention s’engagent à prendre les mesures nécessaires pour assurer
la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel présent sur leur territoire et à dresser un ou plusieurs inventaires de ce patrimoine culturel immatériel ». La mission ethnologie de la Direction de l'architecture et du patrimoine
du ministère de la culture (DAPA) missionne, par convention, l'association pour dresser un inventaire des formes profanes et sacrées de cantu in paghjella.
Cet inventaire, le premier depuis 1970, fait apparaître que, malgré la politique de la Collectivité Territoriale de Corse et les efforts des praticiens du cantu in paghjella, celui-ci a atteint son seuil minimum de vitalité : la démographie des détenteurs du cantu in paghjella est en forte diminution, la majorité des praticiens est âgée de 45 à 80 ans, la jeune génération y est peu représentée et le répertoire des versi interprétés est en voie d’appauvrissement.

Le 23 juillet 2008, les actes du colloque "Patrimoine culturel immatériel et transmission: La polyphonie corse traditionnelle peut-elle disparaître?" organisé par le Centre de Musiques Traditionnelles de Corse en 2006
(
Actes du colloque du CMT – 2006) sont présentés aux membres du Conseil Economique, Social et Culturel de Corse (CESC) et la demande d'inscription du cantu in paghjella sur la liste de sauvegarde urgente leur est exposée.

Le 16 mars 2009, le dossier de demande d’inscription du cantu in paghjella sur la liste de sauvegarde urgent est déposé à l’Unesco après validation du ministère de la Culture.
Le même jour, une motion de l'Assemblée de Corse, demandant à l'Etat l' inscription du cantu in paghjella sur la liste de sauvegarde d’urgence de la session 2009 et approuvant le plan de sauvegarde (
Motion CTC 2009). Elle est adoptée à l'unanimité.

Le Jeudi 1er Octobre, le Cantu in Paghjella profane et liturgique de Corse a été inscrit sur la liste de sauvegarde d'urgence par
le Comité intergouvernemental de l'Unesco réuni à Abou Dhabi (Emirats Arabes réunis).

Michèle Guelfucci Glinatsis, présidente de l'association Cantu in paghjella et rédactrice, avec Dominique Salini, du dossier d'inscription, était présente à cette session de l'Unesco. Dans son intervention qui a succédé à la délibération unanime de l'Unesco, elle a remercié l'Etat qui a transmis favorablement la demande d'inscription à l'Unesco et l'Assemblée de Corse qui a voté, à l'unanimité, une motion demandant cette inscription
, puis, elle a rendu hommage aux maillons anonymes de la chaîne de transmission, particulièrement ceux qui sont aujourd'hui disparus. Enfin, elle a tenu à préciser que cet "héritage sans testament" qui fut, dans les années 1970, un emblème identitaire appartient désormais au patrimoine immatériel de l'Humanité et contribue à la diversité culturelle.

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> Dossier d'inscription sur la liste de sauvegarde d'urgence de l'Unesco
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