TECHNIQUE DU CANTU IN PAGHJELLA

Le cantu in paghjella est un chant d’hommes interprété a cappella qui se caractérise par l’entrée successive de trois voix, l ‘agencement par tuilage, l’utilisation de l’ornement, le respect d’un code comportemental et la singularité du versu.

L’entrée successive de trois voix
Le cantu in paghjella se chante à trois voix qui entrent toujours dans le même ordre : a seconda (voix principale) commence, suivie par u bassu (voix basse) et a terza (voix haute). Les propriétés harmoniques de ces trois types de voix permettent aux chanteurs de circonscrire un espace à l’intérieur duquel va circuler le chant. Le son initial, toujours lancé par la seconda , doit être parfait car c’est elle
qui définit l’espace sonore dans lequel les deux autres voix vont pouvoir intervenir.

L’agencement par tuilage
L’entrée des trois voix ne se fait pas, de manière synchrone sur le pied d’une syllabe, mais à l’intérieur de la fréquence du son précédent. Ce procédé provoque des échos, au lieu d’unissons et d’octaves absolument simultanées, ce qui différencie le cantu in paghjella des chorales.

L’utilisation de l’ornement
C’est la voix haute, a terza, qui est principalement chargée de l’ornement. Les Corses désigne le traitement ornemental des sons par le mot de ricuccata qui renvoie à l’écho. Il faut souligner que a riccucata n’est pas un simple artifice de virtuosité : il joue le rôle de pivot structural.

Le respect d’un code comportemental
Ce code est intériorisé et respecté par les praticiens lors de son apprentissage et de sa transmission.
Comme les chanteurs ne disposent pas et ne veulent pas disposer des repères de la musique savante (le métronome, le diapason, la partition et le chef de chœur), l’œil, l’oreille et la bouche fonctionnent en circuit fermé
et la disposition en cercle devient la condition obligée à la réalisation harmonique. Enfin, mettre la main à l’oreille est une façon pragmatique de mieux s’entendre et de créer une mini caisse de résonance.

La singularité du versu
Le versu est une intrication verbe/son : le mouvement du texte se calque sur celui de la musique et inversement,
la morphologie de la langue et les mots eux-mêmes décident de la rythmique. Ce faisant, le rythme verbal ne respecte pas systématiquement la métrique.
Il est basé sur une échelle articulée sur des intervalles musicaux qui ne correspondent pas à ceux utilisés dans
la musique occidentale;
Il joue le rôle de matrice identificatoire d’un territoire et d’un individu : il caractérise à la fois des lieux
(Rusiu, Sermanu, Orezza, Tagliu Isulacciu) et des chanteurs appartenant à des familles de chantres
(Rocchi, Moretti, Mattei, Mariani, Guelfucci, Bernardini).

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